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Lire pour être libre

  • Lire pour être libre

Ainsi donc, la lecture, trop souvent disqualifiée par l’hyperactivité ambiante, ne serait au mieux qu’un aimable divertissement à l’usage des oisifs, pour paraphraser l’ironique formule de Flaubert, qui justifierait qu’on la relègue au rang de pur loisir, qu’on la réserve au temps perdu… Divertissement non dénué de risques, d’ailleurs : témoins les destins de Don Quichotte ou d’Emma Bovary, que des lectures trop ferventes ou éperdues auraient entraînés vers les rivages de la folie ou de la transgression morale…

Rousseau lui-même, qui ne recule devant aucun paradoxe, comme chacun sait, n’hésite pas, déjà, à la condamner sans appel en refusant aux enfants les livres - «instruments de leur plus grande misère» - avant toutefois de se raviser et de se dépeindre aux côtés de son père, dans les Confessions, en jeune lecteur passionné et ébloui.

Quant au bon Dr Samuel-Auguste Tissot, autre helvète éminent et inspiré, il entreprend, à peu près au même moment, de décrire dans son traité De la Santé des gens de lettres les innombrables tourments physiques promis comme autant de châtiments à tous ceux qui se complairaient sans mesure dans l’immobile posture qui caractérise l’intellectuel au travail en général, et le lecteur en particulier.

Et pourtant.

Pour Sénèque, la lecture apparaît comme la condition de toute expérience morale et spirituelle. Ailleurs sur la carte de la pensée occidentale, pour St-Augustin, elle est un acte décisif dans la révélation de la foi. Les historiens rapportent qu’au Moyen Age, il était coutume par endroits de faire lécher une ardoise enduite de miel aux enfants qui allaient y être initiés. Et on ne compte plus les écrivains et les philosophes de toutes les obédiences et de toutes les origines, de Dante à Marcel Proust, en passant par Montaigne, Descartes, Stendhal ou encore Roland Barthes et Umberto Eco, qui ont pris sa défense - et avec elle celle du livre, objet devenu au fil du temps aussi insolite dans le paysage contemporain qu’une cabine téléphonique. Même les artistes s’y sont mis - Picasso, Chardin, Léger, Renoir, d’autres encore, peintres ou sculpteurs - jugeant sa représentation digne de leur œuvre. Le Moïse de Michelange ne tient-il pas aussi un livre sous le bras ?

D’où vient-il donc qu’il faille sans cesse et plus que jamais, promouvoir la lecture, l’encourager, quand ce n’est pas l’imposer ou, pire encore, la justifier ? Comment expliquer son évidence à ceux qui en doutent et par-là s’en détournent ?

Comment dire aux contemporains les plus pressés, qui exècrent la lenteur qu’elle impose, et aux plus « connectés » d’entre eux, qui redoutent la solitude qui l’accompagne, qu’elle est méditation intime aussi bien que conversation avec le monde ? Qu’elle incarne et permet, mieux encore que les programmes informatiques les plus développés, puissants mais nécessairement soumis à un ordre, cette interactivité si chère à notre époque, par les sollicitations innombrables et aléatoires qu’elle exerce sur l’âme comme sur l’esprit.

Car la notion de limite lui est étrangère. Elle active sans bornes ni réserve l’imagination des hommes et demeure peut-être, pour cet infini qu’elle offre, le seul espace absolu de liberté qu’il leur reste.

La liberté : voilà qui devrait convaincre.

Etre libre, n’est-ce pas précisément la fin ultime du savoir ? Et apprendre à le devenir, le sens profond de la mission de l’école ? Il faut retrouver le temps de lire…

 

Sylvie Caputo

Cheffe de file de français

Secondaire I et II

Novembre 2018